La déclaration de fin de chantier, officiellement appelée déclaration attestant l’achèvement et la conformité des travaux (DAACT), est un acte administratif que tout bénéficiaire d’une autorisation d’urbanisme doit déposer en mairie dès que les travaux sont terminés. La question de savoir qui signe ce document engage des responsabilités précises, encadrées par l’article R. 462-1 du Code de l’urbanisme.
Le maître d’ouvrage, signataire de droit de la DAACT
Le bénéficiaire de l’autorisation d’urbanisme – permis de construire, permis d’aménager ou déclaration préalable – est le signataire de droit de la DAACT. En pratique, c’est le maître d’ouvrage : le particulier qui fait construire sa maison, la société qui réalise un programme immobilier, ou toute personne physique ou morale à qui l’autorisation a été délivrée.
En signant, il atteste deux choses simultanément : que les travaux sont achevés et que la construction est conforme à l’autorisation obtenue. La signature engage sa responsabilité sur la conformité au permis, et non sur la qualité technique de l’ouvrage. Ces deux dimensions ne se recoupent pas nécessairement.
L’architecte peut signer, mais seulement s’il a dirigé les travaux
L’article R. 462-1 du Code de l’urbanisme ouvre une seconde possibilité : l’architecte – ou l’agréé en architecture – peut établir la déclaration à la place du maître d’ouvrage. Mais cette faculté est conditionnelle.
La seule mission de conception ou le dépôt du permis ne suffit pas. L’architecte doit avoir effectivement dirigé les travaux. S’il n’est intervenu qu’en phase de conception et n’a pas assuré le suivi de chantier, il n’est pas en position de certifier la conformité des travaux réalisés.
Cette précision change la nature de la responsabilité engagée. Lorsque l’architecte signe la DAACT, il certifie que ce qu’il a surveillé correspond à l’autorisation. Un architecte qui signerait sans avoir dirigé les travaux exposerait sa responsabilité professionnelle sur des actes dont il n’a pas eu connaissance directe.

Cotitulaires d’un permis : vérifier la situation avant de signer
La question des cotitulaires mérite une attention particulière. Lorsqu’un permis de construire est délivré à plusieurs personnes – par exemple dans le cadre d’une opération en indivision ou d’un programme commun – la DAACT doit refléter cette situation. Il convient de vérifier, avant le dépôt, qui est mentionné comme bénéficiaire de l’autorisation et dans quelle proportion chacun est engagé.
Un cotitulaire qui signe seul une DAACT pour des travaux portant sur l’ensemble du programme engage sa responsabilité sur une conformité qu’il ne contrôle pas intégralement. Cette configuration est fréquemment source de litiges, notamment lorsque la mairie conteste ensuite la conformité de certaines parties de l’ouvrage.
Ce que la signature de la DAACT n’engage pas
La signature de la déclaration de fin de chantier porte exclusivement sur la conformité à l’autorisation d’urbanisme. Elle ne se substitue pas à la réception des travaux, qui est un acte juridique distinct régi par le droit de la construction et non par le droit de l’urbanisme.
- La réception des travaux déclenche la garantie de parfait achèvement et fait partir le délai de la garantie décennale. Elle s’effectue entre le maître d’ouvrage et les entreprises, dans le cadre contractuel du marché.
- La DAACT est déposée en mairie et déclenche un délai de contrôle administratif de conformité. La mairie peut vérifier sur place ou sur pièces, demander des justificatifs ou exiger des corrections.
- En l’absence de contestation dans le délai légal, la conformité est réputée acquise. Une attestation de non-contestation peut alors être délivrée.
Confondre ces deux actes expose à des malentendus sérieux. Le maître d’ouvrage peut avoir réceptionné des travaux sans avoir encore déposé la DAACT. Inversement, le dépôt de la DAACT n’implique pas que les malfaçons éventuelles ont été levées.
Délai de dépôt et preuve de réception par la mairie
La DAACT doit être déposée dès l’achèvement réel des travaux. La date de réception par la mairie fait courir le délai de contrôle – 3 mois en règle générale, porté à 5 mois lorsque le récolement est obligatoire.
Conserver une preuve datée du dépôt est donc une précaution concrète. Un récépissé ou un accusé de réception permet d’établir avec certitude le point de départ de ce délai, ce qui devient décisif si la mairie conteste ultérieurement la conformité ou si la date du dépôt elle-même est mise en question.
Le formulaire Cerfa de déclaration doit être adressé en mairie avec l’ensemble des pièces requises, qui varient selon la nature des travaux. Des attestations spécifiques – notamment en matière de réglementation thermique ou d’accessibilité – peuvent être exigées selon le type de construction.
Risques engagés en cas de DAACT non conforme ou absente
Signer une DAACT pour des travaux non conformes à l’autorisation délivrée expose le signataire à des conséquences administratives et éventuellement pénales. La mairie peut exiger des travaux correctifs, refuser la conformité, et en cas de fraude manifeste, des poursuites pour fausse déclaration ne sont pas exclues.
Ne pas déposer la DAACT a des effets pratiques immédiats. Certaines démarches ultérieures – raccordement définitif aux réseaux, levée de réserves notariales lors d’une revente, obtention d’un prêt – peuvent être bloquées ou compliquées par l’absence de ce document. Les notaires vérifient régulièrement la situation administrative des constructions lors des transactions.
- Absence de DAACT : obstacle possible lors de la revente du bien, le notaire pouvant exiger la régularisation.
- DAACT déposée pour des travaux non conformes : risque de mise en demeure par la mairie dans le délai de contrôle.
- Architecte signataire sans avoir dirigé les travaux : engagement de sa responsabilité professionnelle sur une conformité qu’il n’a pas vérifiée.
La question de savoir qui signe la déclaration de fin de chantier n’est pas une formalité administrative secondaire. Le choix du signataire conditionne qui s’engage sur la conformité de la construction, et pour quels actes cette conformité est effectivement attestée. Dans les cas complexes – cotitulaires multiples, chantier partiellement suivi par l’architecte, travaux en plusieurs tranches – une vérification préalable de la situation précise reste la meilleure manière d’éviter de porter une responsabilité sans en avoir réellement eu la maîtrise.

